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vendredi 20 mai 2016
dimanche 3 avril 2016
le spectre bleu
Dans la galaxie, il y avait
une petite étoile chère à son cœur et qui n’aurait jamais de prix.
Lorsque pour la première fois
elle la vit, elle comprit que tous ses
mots pouvaient rester de silence, elle les savait déjà. Les sons de sa drôle de
voix n’émettraient aucune interférence.
On disait d’un regard, et
bien c’était vrai, comme deux mains qui se frôlaient et faisaient passer quelque
chose d’invisible. Invisible, indicible, même en écrivant elle s’emmêlait les
mots, la forme et le sens se superposaient, ce qui ne se voyait pas, ce qui ne
se disait pas.
Et voilà qu’elle s’allongeait
déjà dans le fil de son histoire, un peu comme si elle s’arrêtait sur toutes
les aires de repos de l’autoroute.
Le temps passait là dans son
écriture immobile et solitaire, toutes ses haltes d’existence pronominale,
chose et être, à se regarder, à se reconnaître et à se tenter de s’accorder
avec soi-même.
Elle avait mis son affreuse tête,
ses cheveux sans contrôle, elle avait mis son corps, l’apparence de son être,
le contraire du révélateur de l’encre invisible, comment dire mieux ? Elle
était à la fois celle qui n’avait jamais écrit, celle qui avait écrit, celle
qu’elle était avant et celle qu’elle était maintenant.
On disait d’un regard…on se
disait d’un regard.
Entre leurs yeux passait un
spectre bleu.
Dix ans de loin, seulement, et le cœur n’avait déjà
plus ce temps de l’impatience infinie d’attendre que la galaxie ait rétréci.
Lorsqu’elle reprit ce texte,
elle se rendit compte de la perte de toute la poésie qu’elle avait eue auparavant,
le temps des étoiles s’en était allé d’avoir si fort aimé.
Aujourd’hui, elle étreignait,
elle embrassait ce corps qui n’avait jamais été son étoile, mais elle espérait
encore sans se le dire qu’un nouveau spectre bleu passa entre leurs yeux…
Dans la vie, il y avait des textes qui ne s’apprenaient
pas par cœur, des étoiles, et puis une, et puis deux et puis trois, et puis soi
qui ne s’accorderait pas.
Plus le temps passait, plus
elle n’avait ce besoin impérieux d’écrire, elle se souriait en se relisant,
jamais elle ne pourrait effacer ces mots, ses mots liés à elle, peu importait
la gamine qu’elle fut, cette enfant d’elle-même, cette naïve au sourire béat
comme on lui avait dit autrefois.
Elle avait juste envie d’aimer,
avec ses yeux, avec sa voix, plus avec ce clavier qu’il ne lui allait pas.
Elle avait mis sa veste de
tous les jours, ses souliers pour marcher, quand son sourire tout seul se mit à pianoter sur ses lèvres.
Dans la galaxie, il y aura toujours une étoile pour m’écrire.
samedi 5 mars 2016
Olà hola
Dans
un mois, j’aurai cent quatorze ans, je ne serai sans doute plus là, je n’ai
plus que cent quatre-vingt-trois fichas.
Vendredi tôt dans la nuit, c’était l’hiver et je
rentrais chez moi, juste avant le noir profond, sur cette route de campagne
mille fois usée par mes yeux, je pensais sans vraiment penser, je me disais
sans me dire, il n’y avait pas de mot…Je savais que j’allais me fondre dans ce
personnage gracile et loufoque, ce clown romanesque âgé de six mois, ayant cent
fois plus d’amis que sur Fashion Border, en plus d’avoir des milliers de
connaissances égrenées au fil des salons. Buenos dias, muchas muakk y grazie
mille, les accents méridionaux transpirant la chaleur du Québec et de belles Brésiliennes
me courant après….Ce soir en rentrant il allait falloir en décourager
certaines.
Je n’étais pas dupe, du haut de mes seize ans, j’allais
affirmer en avoir réellement cent treize… et si elles ne me croient pas et si
elles insistent je les passerais en liste noire.
Dans
un mois, j’aurai cent quatorze ans, je ne serai sans doute plus là, je n’ai
plus que cent quatre-vingt-trois fichas. C’était un beau
voyage, en totale immersion, le seul moyen que j’ai trouvé pour n’avoir aucun
regret, c’est d’écrire ce monde où j’étais. Dans ce monde, j’étais un garçon et
cela ne m’a jamais perturbé, c’était naturel, j’étais moi, les hommes étaient
des potes où des vieux comme moi avec qui je partageais mes racines, surtout
lorsque nous avions les mêmes, je souris, sauf pour les arrières petits-enfants
bien sûr.
Une Limogienne est partie avant moi, je l’aimais
bien avec ses cadeaux publicitaires, son mari a supprimé son compte, son mari,
ce con : elle était joueuse et pas du tout raisonnable. Je l’ai aidée
plusieurs fois pour qu’elle reste encore un peu, puis c’est elle qui m’a offert
un sursis avant de disparaître de ma vie. J’ai encore un ami merveilleux
là-bas, qui vit des hauts et des bas, là il est bas, il a changé son masque,
parfois je le vois comme moi, je me demande s’il est vraiment un homme.
Tout au début, j’ai aimé parler espagnol, italien,
portugais, parce que j’aime apprendre, j’ai discuté en langage des signes
articulés avec des personnes hospitalisées, j’ai même appris des mots dans la
langue de j’expire…. Ensuite j’ai rencontré beaucoup trop de Français, pas tous
de France, des personnes parlant français, je suis tombée dans cette minorité
riche et disséminée, cette élite qui ne se serre pas forcément les coudes mais
qui a réveillé en moi le goût de la compétition…C’est là qu’est apparu ma fin.
Dans
un mois, j’aurai cent quatorze ans, je ne serai sans doute plus là, je n’ai
plus que cent quatre-vingt-trois fichas.
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