mercredi 6 juin 2012

concerto en femmes d'honneur

Je la contemple dormir.
Elle est le temple de mes prières la nuit.
J’aime la regarder, l’écouter, l’entendre et chercher dans les rêves qui la traversent, dans le bruissement de ses jambes entre les draps, la source de ses frissons. J’aime ces longues minutes de calme impatience à attendre l’apaisement de sa respiration  après cette étrange danse, pour à mon tour plonger dans son monde merveilleux.
Allongée près d’elle, il ne fait pas noir, il fait encore bien trop chaud. Je ne vais pas prendre les bras de Morphée, ni ceux de personne d’autre, ce sont les siens que je veux, alors je veillerai sur son sommeil bien plus loin que le petit matin.
Je retiens mon souffle comme je retiens toutes les rumeurs de la ville, elle me parle de montagnes, de lacs aux couleurs vertes et bleues, je la suis de tableau en tableau, de musique inconnue en exposition insolite. J’imagine déjà demain, dans nos habits du dimanche, lui prendre la main et lui voler un furtif baiser, un sourire complice, un mot que nous serions seules à comprendre. Un mot. Un monde. Le nôtre qui naît à peine. Si nouveau que mes phrases ne m’appartiennent plus, si exaltant que pour exister sur le papier, il faut coucher le prénom d’Elle à côté du mien.
Toutes ces voyelles vois-tu…c’est comme un coup de foudre : une femme qui m’offre la blancheur de ses pages et sa plume pour guider la mienne à travers son écriture. Cette femme c’est toi aux lettres qui se terminent par A.
A comme la matrice des E et des I qui se voyagent à l’infini, A comme l’amour de toi que je porte en moi. A comme aujourd’hui où tu glisses des poussières d’étoiles sous mes pas.

mercredi 30 mai 2012

La peur et le désir.


C’est l’envie de me glisser dans tes mots qui me fait laisser tomber une à une toutes mes retenues. C’est le désir de m’abandonner pour que tu m’ouvres grand les bras et qu’à mon oreille tu murmures tous les mots que j’avais oubliés…

Je passe par la petite grille, les aboiements du chien du concierge m’accueillent, il fait frais mais il fera beau, la couverture grise de ces derniers jours n’est plus qu’un haillon de vieilles fibres entre lesquelles le soleil s’incline. Ce ne sera pas encore le bleu immaculé venu de Chine, mais c’est le signe quand même que l’astre de feu commence et finira cette journée.
Je traverse la cour et soudain je pense à toi. Je suis dans cet espace goudronné habité par deux vieux paniers de basket rouillés, tout est figé, comment imaginer que d’ici quelques minutes la vie me sautera à la gorge sans me laisser aucun répit, que j’oublierai tout, tout ce qui n’est pas ici, et toi aussi.
J’ouvre la porte et déjà dans ma tête je récite le code de l’alarme, le code du photocopieur, le nombre de doses pour le café…puis je transporte mes bagages jusqu’à cet antre où je vais devoir concilier les programmes avec la réalité de ma classe.
Les premiers enfants  arrivent enfin et c’est un soulagement de quitter ma tête emplie de préparations et de tableaux à renseigner.
Après je ne sais plus. C’est une autre personne qui prend ma place.
Le soir je me réveille au volant de ma voiture, prise entre deux feux, retourner à la maison ou aller à cette réunion qui malgré tout est obligatoire… ?
Je me sens « le pouvoir de décider ». Je me perds trois ou quatre fois dans cette cité que je ne connais pas, et puis je demande mon chemin…

Je ne sais pas ce que je pourrais te demander. D’abandonner cette tristesse passagère ? De reprendre là, tout au début où nous n’étions que deux femmes perdues ?
Tu sais dans ce film que tu m’as fait redécouvrir, c’est Maggie que je (re)connais le plus.
Les mots que j’attendais, que j’espérais comme un aveu enfin, se libéraient finalement en expression, en regard…et dans la découverte de leur première étreinte sur la plage.
Tu me manques. Tu me manques, en je ne sais pas quoi, certainement pas en confiance, ni en amour. Je ne sais pas, mais j’aimerais tant te demander mon chemin.

Le ciel est foudroiement bleu dans ce minuscule bureau, qui passe par deux étroits rectangles au-dessus de la portée des yeux, pourtant c’est là que je suis en ce moment, dans l’hiver d’une pièce en rêvant d’un été absolu. Finalement je ne connais rien de la vie. On décide des classes, comme sur un marché sans offre, pas assez de poissons de toute façon, on jettera le filet tout neuf et on raccommodera les lambeaux de cycles entre eux.  Il me faut de l’air, sortir, être en dehors de cette pièce prison. Peut-être qu’un jour je serai professeur des écoles. Qui sait ?
J’aurais une nouvelle voiture avec un gps intégré pour t’emmener au bord de la petite mer.

J’ai l’impression que nous jouons à cache-cache derrière cet énorme rocher de mots circulaire, nous avançons, nous nous entendons, nous nous écoutons et sans jamais reculer nous finirons bien par tomber dans les bras l’une de l’autre. Comme une délivrance. Je t’avouerai mon inexpérience à dire autrement qu’avec les gestes de mon corps ce que je ressens…
Je ne rêve pas, ni phantasme, n femme idéale, je crois juste à la chaleur qui fait se prendre les âmes soeurs entre-elles.

mercredi 23 mai 2012

Le titre s'arrête à la virgule


Au loin il y a une ligne invisible, si je le sais c’est parce que lorsqu’elle disparaît elle me manque. Sur le ciel s’écrivent des signes incompréhensibles et je ne les devine qu’une fois disparus, je n’ai pas suivi la bonne route des nuages. Au creux de ma main j’ai des sillons de terre blanche et rouge, l’avenir est fait de mains ouvertes et poings fermés. 
Photo Ariaga
La page est toujours vierge avant que les mots ne la prennent, puis l’histoire s’écrit, les virgules comblant les vides, raccommodant les souffles entre eux, un vent blanc, un vent noir mais pas de gris, un petit échiquier de silence entre chaque partie, un espace à inventer pour qui chercherait le sens absolu des aiguilles du temps.
Les virgules sont des îles qui poussent à l’envers, si tu veux savoir ce qu’elles cachent, il faut entrer à l’intérieur de la terre, passer la grotte sombre et découvrir celle où coule la source des profondeurs, baignée de lumières extra marines et maternelles, comme une répétition sans fin, la vision infinie du monde dans le triptyque d’un miroir…



lundi 14 mai 2012

Au fil des pages

Je n’avais pas choisi la table quarante et une, d’ailleurs si le choix m’eut été proposé, il est certain que j’aurais pris l’une de celles près des portes ou des fenêtres. Ce numéro pour moi était comme un vendredi treize. C’était le nombre que je traçais enfant sur la buée des vitres sans savoir ce qu’il pouvait signifier mais avec cette impression de dessiner l'avenir de ma vie en bâtons. C’était à la fois terrifiant et exaltant.

Je me suis donc assise face au miroir, laissant mon dos offert à l’inconnu, à un coup du sort inévitable, à quelque chose que je n’aurais pas pu voir arriver pour la contrer. J’étais encore terriblement assidue de mes lectures passées à m’imaginer dans un espace improbable, bien plus fine et intelligente que toutes ces personnes aux bottes poussiéreuses.

Le miroir tout piqué ne renvoyait que des éclats de lumière.

Tu es venue t’asseoir. Il n’y avait plus de miroir, plus de danger possible hors de mon regard, juste ta main qui tournait les pages pour trouver dans notre livre le point de départ.

C’est à partir de ce jour que j’ai commencé à t’écrire. Ce n’était pas encore toi, mais tu te ressemblais tellement.

Maintenant je peux le dire. Oui je peux le dire. Je peux dire qu’à la table quarante et une, j’ai parié ce nombre contre son double. Mon moi pour écouter ton cœur battre lorsque ma main allait t’offrir ce que rien ne pourrait effacer.

Mon amour.

vendredi 4 mai 2012

scrivere

Je suis rouge.

Tu dors alors que je dérive tout autour de la terre, pas une poussière de vent mais j’ai tout le temps de la nuit des mots, du plus faible au plus fort, ou l’inverse comme le soleil se couche ou se lève.

J’écris dans ma tête la berceuse des vagues. J’imagine les lumières jaunies de la ville. Tu es là derrière la vitre alors je pose mes mains sur tes yeux pour que tu puisses voir ce que je vois.

Je t’aime.

Petit soldat laisse-toi fondre dans mes bras et dis-moi que tu ne sais pas…

Que tu ne sais pas.

La couleur du bateau qui nous portera.
 

jeudi 3 mai 2012

little fly

Ca arrive parfois trop fort, trop insupportable, trop proche, trop moi, trop inconcevable, trop ultime pour dire ici. C'était un petit passage de mots s'entraînant les uns les autres, faisant les questions et les réponses. Un pompeux monologue pour cacher une toute petite chose qui me dérange, qui m'interroge, qui me fait supposer, qui me fait espérer. Un rêve ?
Ce n'était pas le bon endroit.
Me voilà soulagée, autant qu'écrire peut apporter le souffle de la liberté, gommer ce malaise qui n'avait vraiment pas lieu d'être me donne autant d'ailes pour l'avenir.
Je reprends mon sourire.
Je laisse ce petit morceau de peinture qui n'existe plus (tiens...aussi !), fruit de mes "oeuvres" lorsque la classe est sortie et que tous les pinceaux baignent encore quelques instants dans leurs pots avant de faire table rase pour préparer demain.

mardi 1 mai 2012

La Maison Bleue

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D'après une photo de Jeanne :

jeudi 26 avril 2012

Eclipse sous silence

Eclipse de main
Eclipse d’hier
Au lent demain
Et de naguère.
Eteindre
Etreindre
Atteindre
Enfreindre.

Aux nuages,
Les messages.
Aux pas sages
Un hommage.
Suffixe
Préfixe
Remix
Moteur

Vois là
Voilà
Voile à

Ciel
En soleil
Course
En étoile
Cœur
En abeille
Cour
A la belle
Cri
Dans la bouche
Cri
Dans l’oreille
Cri
Dans l’amour.

Vous
Toi
Eux
Nous
Aux quatre lettres du vent
Eparpillées
Un baiser
Avide

A vide
Ovide
Au vide
O vide
Oh viens
Encore
Jouer
A
Nous
A
Toi
Et
Moi
Sur la piste
Qui tourne
De nos deux bras

Enlace
En lasse
Ans lacent
Enlace
Moi
Tout contre toi
En
Silence
Mon
Bel
Eté
Ma
Sœur
Aimée
Mon
Ame
Si
Tendre
Ma source aimante

Encore
Et
Encore
Et
Toujours

T
O
U
J
O
U
R
S
.
Et
Sans
Arrêt
Sans
M’arrêter
Sans
T’oublier
Moi
Sans
Toi
Qui n’existe pas.

dimanche 22 avril 2012

affichage de compatibilité : les sites Web conçus pour des navigateurs plus anciens auront meilleur aspect et des problèmes tels que des menus, des images ou du texte déplacés seront résolus....

Je suis Aslé, princesse du vent et de la mer.

Qu’y a-t-il dans votre regard ?
Une indomptable image
Un égarement des sens
Une vision du temps
Un scintillement de lumière
Une lueur en cortège
Un cri peut-être ?
Curieux œil
En point d’interrogation
Glace ou flamme
Petit ou grand

Vous avancez
Dois-je avoir peur ?
Ou n’est ce qu’un leurre
Je perçois les battements de mon cœur
Vos yeux dans le silence
Envie de courir
Mais dans quel sens
Dois-je jouer la prudence ?
Que vous soyez plus proche
Attendre quelques pas encore

Deux éclairs bleus étincellent votre visage
Est-ce un reflet ?
Mes mains se tendent
Rien ne paraît
Vos bras se délient le long de votre corps
Votre regard s’agite de gauche à droite
J’avance un pas…
 
...Serait-ce moi ?
 
[...]

mercredi 18 avril 2012

Courant d'air

Te souviens-tu de m’avoir aimée car si jamais, j’écris cette lettre pour te rappeler…
Te souviens-tu de ce jardin où nous nous plûmes pour la première fois, où nous enchantâmes nos palais et nos âmes de ces fruits mûrs cueillis sur l’arbre.
Te souviens-tu de ce banc sur lequel assises nous parlâmes des heures durant, mes yeux sur tes cheveux, mes yeux dans tes yeux, mes yeux à tes lèvres, suspendue de tes paroles.
Te souviens-tu que sur ta peau j’avais écrit en lettres d’amour, d’une plume gorgée de rosée à ton sein, le tracé de tous les chemins.
Te souviens-tu de m’être offerte, fleur à peine éclose dont tu écartas un à un les pétales jusqu’à ce que tes lèvres se posent dans le plus doux des matins.
Te souviens-tu que nous nous aimâmes à cette heure où l’arbre aux branches d’or, à celles que nous fûmes tremble encore.

Te souviens-tu...
 
*Image Carlos Pradal

samedi 14 avril 2012

vendredi treize

Non Madame, personne ne la maltraite parce qu’elle est trop gentille et que d’autres en profiteraient. Non Madame, elle n’a pas besoin de cette aide particulière. Elle n’a aucun retard. Madame, elle est une petite fille de sept ans à fleur de peau, fragile, polie, toujours entre le sourire et les larmes (affectueuse et boudeuse, mais comment vous dire tout ça à vous que je rencontre pour la première fois ?) Madame je sais, que vous avez lu à la loupe tout ce que j’ai écrit. Je me suis adaptée savez-vous ? Mais oui, vous savez. Vous ne prenez plus depuis six mois la plume désespérée et ingrate après vos longues journées de travail pour me prendre en faute sur une explication d’horaire, de lieu, de je ne sais plus quoi d’ailleurs. Vous faites en silence ces petites choses d’un parent aimant pour redonner à son enfant confiance, avant d’affronter cette chose terrible que sont les évaluations… toutes les traces écrites notées susceptibles de tomber sous les yeux de son père. Je le sais. Madame, je suis contente de vous avoir rencontrée. Vraiment. C’est un grand pas. Un immense pas, de vous avoir vue souriante au côté de votre fille rayonnant d’un flot de paroles insubmersibles…

mercredi 4 avril 2012

A cause d'une voyante...


Et puis d’abord…Héléonord c’est qui ? c’est quoi ?
Pose la plume et tu sauras. Tu sauras que deux et un font trois, tu sauras que les avions ne volent jamais très droit, qu’il n’y a pas que des gondoles à Venise, mais aussi dans les supermarchés. Que ta nouvelle composition s’enregistrera dans le tout dernier format des mots de premier choix…
Soudain une volée de commentaires vint s’abattre sur Les Temps Du Signe, la boîte mail sonna comme une décharge de mitraillette, me laissant interdite. Mes doigts se figèrent en l’air, et c’est ainsi que je perdis le fil d’or d’Héléonord, comme on perd une guerre dans un passé ou un futur que l’on n’aurait jamais connu.
Alors qu’il n’était que tout juste douze heures vingt et une, que toutes les feuilles du fichier de vocabulaire étaient somptueusement parées des plus beaux entêtes aux compétences si-rupeuses jusqu’à l’écoeurement.
Alors que je m’apprêtais à clavionner juste pour moi-même, de la plus pure détente qui soit…celle d’écrire n’importe quoi, portes fermées et sonnette désactivée…
MAIS NON…j’avais oublié de me déconnecter !!!

vendredi 30 mars 2012

Ixtremegold (9373)




Adieu mon bel écran de deux mains et demie sur trois.

 De mie de pain fraîche et tendre, je passe à la biscotte sans faim.

Ça ne fait pas mourir. Mais ça ne donne pas envie. Envie d’écrire. L’habitude est cassée. Plus d’albums photos à regarder, plus de films à télécharger, plus de flux à consulter…Qu’est-ce que c’est bête quand même ! C’est comme si mes nouvelles lunettes ne m’étaient plus utiles.

Alors je fais écrire les loupiots sur le blog de l’école. J’essaie de m’effacer  un maximum, mais les écrans sont tellement grands…et les claviers si agréables. Je relis avec eux leurs textes aux si jeunes lignes et je sens mes tics d’écriture revenir…surtout ces espaces  aux virgules…Nonchalamment,  parce que mon métier m’a appris beaucoup de retenues, d’écoutes pour saisir le bon moment, je me  penche par-dessus leur tête et tout en expliquant mes doigts courent sur les touches. Trop vite, alors on rit, trop vite et j’efface pour remettre d’autres lettres à leurs places. Trop vite. L’horloge tourne. Mais ça n’est  pas que ça.