vendredi 20 mai 2016
samedi 9 avril 2016
Le chemin vert
Elle aurait voulu écrire
quelque chose, écrire quelques mots pour dire, comme pour dire à Amista ces
murs si blancs dont elle se souvenait, cette impitoyable blancheur de ses vingt
ans qu’elle n’avait jamais pu meubler autrement qu’en la tapissant de son travail.
Il y avait cette ville, ce
port et son histoire, la criée et la vie, ces plages en la quittant, en
grimpant la route bordant la côte de loin, de près, flirtant de l’œil avec les
ferry droit devant, si hauts, si lents, si majestueux de silence…Ces plages
qu’elle appelait le matin de leurs noms, qu’elle se récitait pendant la journée
pour les retrouver dans le soir, si petites, d’une famille, d’une solitude à se
plaire et à se perdre, offertes entre deux dunes ou creusées d’un escalier
entre des rochers.
Il y avait aussi ces paysages
d’ailleurs, de l’intérieur, ces monts, ces vallons et puis ces carrières comme
d’un autre monde, ce marbre, tous ces petits villages, ces routes de quelques
jours apprises par cœur sur la carte offerte par l’Etat de ce curieux contrat…
pour ne pas se perdre… Et curieusement, elle ne s’est jamais perdue, elle
aimait cet exil à deux pas de l’autoroute qui la reliait à ses montagnes noires
dressées comme des panneaux routiers lorsqu’elle revenait, disant : ici
c’est d’où tu viens.
La mer partout et ces
enfants, tous ces enfants qu’elle n’avait jamais su aimer auparavant. Elle
revoyait ce bébé d’homme qui creusa la mer pour rejoindre l’île d’Angleterre.
Elle qui n’avait jamais pris un enfant dans ses bras, ni même su dire des paroles
pour réconforter.
Il y avait comme des
épreuves, comme des passages qui l’ont forcée sans la forcer, qui l’ont obligée
si elle acceptait cette vie à y trouver du bonheur.
Alors c’est vrai elle l’a
trouvé ce bonheur, et il est toujours là.
dimanche 3 avril 2016
le spectre bleu
Dans la galaxie, il y avait
une petite étoile chère à son cœur et qui n’aurait jamais de prix.
Lorsque pour la première fois
elle la vit, elle comprit que tous ses
mots pouvaient rester de silence, elle les savait déjà. Les sons de sa drôle de
voix n’émettraient aucune interférence.
On disait d’un regard, et
bien c’était vrai, comme deux mains qui se frôlaient et faisaient passer quelque
chose d’invisible. Invisible, indicible, même en écrivant elle s’emmêlait les
mots, la forme et le sens se superposaient, ce qui ne se voyait pas, ce qui ne
se disait pas.
Et voilà qu’elle s’allongeait
déjà dans le fil de son histoire, un peu comme si elle s’arrêtait sur toutes
les aires de repos de l’autoroute.
Le temps passait là dans son
écriture immobile et solitaire, toutes ses haltes d’existence pronominale,
chose et être, à se regarder, à se reconnaître et à se tenter de s’accorder
avec soi-même.
Elle avait mis son affreuse tête,
ses cheveux sans contrôle, elle avait mis son corps, l’apparence de son être,
le contraire du révélateur de l’encre invisible, comment dire mieux ? Elle
était à la fois celle qui n’avait jamais écrit, celle qui avait écrit, celle
qu’elle était avant et celle qu’elle était maintenant.
On disait d’un regard…on se
disait d’un regard.
Entre leurs yeux passait un
spectre bleu.
Dix ans de loin, seulement, et le cœur n’avait déjà
plus ce temps de l’impatience infinie d’attendre que la galaxie ait rétréci.
Lorsqu’elle reprit ce texte,
elle se rendit compte de la perte de toute la poésie qu’elle avait eue auparavant,
le temps des étoiles s’en était allé d’avoir si fort aimé.
Aujourd’hui, elle étreignait,
elle embrassait ce corps qui n’avait jamais été son étoile, mais elle espérait
encore sans se le dire qu’un nouveau spectre bleu passa entre leurs yeux…
Dans la vie, il y avait des textes qui ne s’apprenaient
pas par cœur, des étoiles, et puis une, et puis deux et puis trois, et puis soi
qui ne s’accorderait pas.
Plus le temps passait, plus
elle n’avait ce besoin impérieux d’écrire, elle se souriait en se relisant,
jamais elle ne pourrait effacer ces mots, ses mots liés à elle, peu importait
la gamine qu’elle fut, cette enfant d’elle-même, cette naïve au sourire béat
comme on lui avait dit autrefois.
Elle avait juste envie d’aimer,
avec ses yeux, avec sa voix, plus avec ce clavier qu’il ne lui allait pas.
Elle avait mis sa veste de
tous les jours, ses souliers pour marcher, quand son sourire tout seul se mit à pianoter sur ses lèvres.
Dans la galaxie, il y aura toujours une étoile pour m’écrire.
samedi 5 mars 2016
Olà hola
Dans
un mois, j’aurai cent quatorze ans, je ne serai sans doute plus là, je n’ai
plus que cent quatre-vingt-trois fichas.
Vendredi tôt dans la nuit, c’était l’hiver et je
rentrais chez moi, juste avant le noir profond, sur cette route de campagne
mille fois usée par mes yeux, je pensais sans vraiment penser, je me disais
sans me dire, il n’y avait pas de mot…Je savais que j’allais me fondre dans ce
personnage gracile et loufoque, ce clown romanesque âgé de six mois, ayant cent
fois plus d’amis que sur Fashion Border, en plus d’avoir des milliers de
connaissances égrenées au fil des salons. Buenos dias, muchas muakk y grazie
mille, les accents méridionaux transpirant la chaleur du Québec et de belles Brésiliennes
me courant après….Ce soir en rentrant il allait falloir en décourager
certaines.
Je n’étais pas dupe, du haut de mes seize ans, j’allais
affirmer en avoir réellement cent treize… et si elles ne me croient pas et si
elles insistent je les passerais en liste noire.
Dans
un mois, j’aurai cent quatorze ans, je ne serai sans doute plus là, je n’ai
plus que cent quatre-vingt-trois fichas. C’était un beau
voyage, en totale immersion, le seul moyen que j’ai trouvé pour n’avoir aucun
regret, c’est d’écrire ce monde où j’étais. Dans ce monde, j’étais un garçon et
cela ne m’a jamais perturbé, c’était naturel, j’étais moi, les hommes étaient
des potes où des vieux comme moi avec qui je partageais mes racines, surtout
lorsque nous avions les mêmes, je souris, sauf pour les arrières petits-enfants
bien sûr.
Une Limogienne est partie avant moi, je l’aimais
bien avec ses cadeaux publicitaires, son mari a supprimé son compte, son mari,
ce con : elle était joueuse et pas du tout raisonnable. Je l’ai aidée
plusieurs fois pour qu’elle reste encore un peu, puis c’est elle qui m’a offert
un sursis avant de disparaître de ma vie. J’ai encore un ami merveilleux
là-bas, qui vit des hauts et des bas, là il est bas, il a changé son masque,
parfois je le vois comme moi, je me demande s’il est vraiment un homme.
Tout au début, j’ai aimé parler espagnol, italien,
portugais, parce que j’aime apprendre, j’ai discuté en langage des signes
articulés avec des personnes hospitalisées, j’ai même appris des mots dans la
langue de j’expire…. Ensuite j’ai rencontré beaucoup trop de Français, pas tous
de France, des personnes parlant français, je suis tombée dans cette minorité
riche et disséminée, cette élite qui ne se serre pas forcément les coudes mais
qui a réveillé en moi le goût de la compétition…C’est là qu’est apparu ma fin.
Dans
un mois, j’aurai cent quatorze ans, je ne serai sans doute plus là, je n’ai
plus que cent quatre-vingt-trois fichas.
jeudi 24 décembre 2015
mercredi 28 octobre 2015
XINA
Je
vous écris depuis la moyenne plage, celle où rien ne me glace, où rien ne
m’espace, où je suis portée à l’abandon des vagues comme une périscopale
amnésie.
Je
nage sans la vision de mes yeux, sans aucun
muscle, mes nerfs s’assourdissent sous la glisse tendre et mirobolante
de mes mots resurgis.
Je
vis.
C’est
une belle plage, entre la petite et la grande, entre deux riens, c’est un
instant, une pause, une idée éclose, un bonheur tout juste, tout juste un
bonheur qui m’affole un peu.
Mais
je suis si bien avec lui.
vendredi 18 septembre 2015
connection 1
Pas très
facile d’accepter pour mon ordinateur ce nouveau navigateur pour « écrire » sur ce blog. Merci
de ne pas m’avoir oubliée. Si vous êtes encore là !
Que dire ?
Tout va
bien. J’ai juste envie d’une chanson d’Anne Sylvestre à partager avec vous.
dimanche 19 juillet 2015
déménagement
J’ai
toujours tes cartes postales, un peu partout c’est vrai, mais je les ai
toujours, j’aime bien dire « toujours ». Je les retrouve toujours au
milieu d’un dossier qui n’avait rien à voir avec nous, dans un de mes cahiers
où j’écrivais l’amour, dans un livre que j’ouvrais beaucoup, et même parfois…au
milieu d’une pile de papiers à débarrasser.mon am..ie.
samedi 4 juillet 2015
MEDIUM HEAT WAVE
Une
dernière journée commencée par la fin d’une ambigüité.
-Vous
avez des enfants Madame Aslé ?
-Non…
-
Vous n’êtes pas mariée alors ?
-Non…
-Ah !
-C’est
pour ça, pourtant vous aimez les
enfants.
-(Sans
doute)…
J’avoue,
quand c’était la fête des mères, le vendredi soir elle m’a souhaité, à moi aussi, une bonne fête. Et je n’ai pas
relevé. Ça m’a fait sourire quand je traversais le long couloir pour enfin
atteindre ce petit week-end de deux jours, et un peu plaisir aussi, comme la
récompense de mes bons et loyaux services dédiés à la confection d’objets et de
cartes…pour un peu moins de trois dizaines de mamans, quand même !
Le
soir de cette dernière journée, j’étais un peu (très) pressée de quitter ces
lieux bouillants, embarrassée quand même
de ne pas savoir quel effet dans la vie de tous les (nos) jours ça lui ferait
que je n’aie pas d’enfant…
vendredi 19 juin 2015
Impromptu final ! (ouf)
Elle
s’appelait Véra. Sa mère lui avait écrit un conte russe posthume rien que pour
elle.
EXTRAITS « …Si tu es un jour en Auto-Protect Non
corrigé, ça ne t’empêchera pas d’écrire, même quand l’anti-virus t’aura
supprimée du programme, l’important sera de te souvenir
d’au moins d’un code d’accès… »
«… Un jour tu sauras ma fille que les
lions ne font pas des lionnes mais qu’il suffira d’un seul chaton pour te
griffer la main et te rendre autochtone… »
« … Véra,
je viens de te conter l’histoire de tes trois grand-mères, la vraie, la fausse,
et l’aventurière, ce sont tes trois grand-mères, l’une d’elles n’est pas de
sang, l’une d’elles n’est pas d’amour, l’une d’elles n’est pas aventurière, mais
l’une d’elles t’a offert des mesdames gigognes… »
« …Véra tu seras ma fille… »
mercredi 10 juin 2015
vendredi 5 juin 2015
Impromptu de juin (1)
« L’été
avant l’été, l’hiver après le printemps, les girouettes du temps s’esclavent d’elles-mêmes
en tournant si rapidement. »
Un
jour, il n’y a plus de fleurs au jardin, plus de gamins dans l’ascenseur, plus
de rime à mettre au cœur, le lendemain il pleut encore, mais le sens est déjà
mort, qu’une nouvelle saison s’engrange, pour combien de temps ? On ne
sait pas, une minute, une seconde, mais en tous cas pas plus d’un jour ou deux.
Il fait soleil, la mer déploie ses autoroutes, on s’enfuit puis on revient, et
c’est l’hiver suivi de si près de la mousson, que sans doute il y aura sous peu
un nouvel été, peut-être un autre soleil sous la pluie, rien n’est certain au
gré des girouettes.
Tu
te réveilles qu’il faut déjà aller te recoucher au creux des rêves que tu n’as
pas eu le temps de rêver, une plage, une île, une montagne, l’ombre douce d’un
baobab, les mots courent si vite quand on y pense, qu’il est déjà trop tard.
Mais
tu souris, l’été avant l’été, l’hiver après le printemps, quelle importance
puisque tu es vivante d’aimer qui tu veux, les mois courent si vite quand on y
pense, qu’il sera toujours bientôt, tout de suite, le matin à prendre et chérir
la main bronzée ou camouflée du froid dans une moufle…
samedi 9 mai 2015
impromptu n°onze
Mon
grand-père disait souvent : parlons peu mais parlons bien. C’est sans
doute pour ça que je ne lui ressemble qu’à moitié. Il dessinait, mais je ne l’avais
jamais vu dessiner, ni en parler d’ailleurs. C’est sa seconde femme qui m’a
fait découvrir alors qu’il était mort, tous ses trésors. Il ne m’avait jamais rien
dit de lui, sauf une fois, c’était à une fête dans le cagibi de sa dernière
fille, « on est pareil », je n’ai rien répondu, mais j’avais bien compris
que j’étais sa petite fille.
mercredi 6 mai 2015
feet story
Difficile
de poser des mots, j’ai dans la tête des endroits inconnus qui ressemblent un peu à ceux que je connais, mais
c’est si flou, il y a ce besoin d’aller vite, cette force express, extrême de
rentrer chez moi…
Déjà
deux jours et me reste encore ancré à l’âme l’avant-fin du rêve, quand je me
dis que je vais me réveiller et ne me réveille pas.
J’étais
à la fin d’une journée, ou d’une soirée, ou d’une réunion, j’étais fatiguée avec
(ce béat état) cet état béat d’inconscience (ce rêve me servira de leçon),
avant de partir j’ai plongé la main dans le sac à l’entrée, et c’est là que j’ai
pris des pieds qui n’étaient pas à moi, quelle importance cela faisait-il ?
C’étaient des pieds et j’allais pouvoir retourner chez moi pour me reposer.
J’ai
hurlé le lendemain-matin en voyant mes pieds, ce n’étaient pas mes pieds,
comment vous dire ? Ce n’étaient pas mes petits orteils boudinés joueurs
farceurs que je peux toujours faire danser en écartant les pouces.
Mais
le pire du pire ce fut lorsque j’aperçus les cicatrices au dos de mes
chevilles, c’était bien moi qui avait fait ça, les cicatrices étaient la preuve
de l’inéluctable, j’ai hurlé encore encore ENCORE plus fort pour me
réveiller mais je ne me suis pas réveillée ! J’ai continué de rêver avec des
pieds qui n’étaient pas les miens.
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vendredi 1 mai 2015
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