vendredi 24 octobre 2014

lettre à un bruit

Je vous écris, j’ai entendu un bruit tard dans la nuit, ce devait être vous qui vous posiez sous l’arbre de la pluie. Mais ce matin à mon grand dam je ne sais plus quelle adresse écrire sous le bleu de mes paupières.
Au triangle de mes émotions, au plus profond de mes incertitudes, dans cet endroit où caverne le souffle du magma céleste, vous me fîtes pourtant la plus belle des révélations, dans ce bruit étrange, mes soupirs avaient repris leur respiration.

Vous n’êtes pas le visage de l’habitude, vous n’êtes ni la femme du jour, ni celle de l’après-midi, ni celle encore qui posséda mon prénom. Vous n’êtes qu’une seule certitude, celle de vous écrire, car tard dans la nuit, j’ai entendu un bruit…

samedi 4 octobre 2014

Petite Chanson Du Samedi

Le temps se fuit,
le temps s’essuie,
la glace s’ensuit,
la suite arrive…
et l’économe se fait la malle.

La malle s’emplit,
la malle se vide,
l’espace se vit,
les cris arrivent…
et la bestiole se fait la fleur.

La fleur s’emballe,
la fleur s’entame,
les états minent,
le trou dérive…
et le pistil se fait cobaye.

Le cobaye luit,
le cobaye suit,
la place lui  sourit,
le bail arrive…
et le soleil se fait le beurre.

Le beurre se fond,
le beurre s’essuie,
la vache s’enfuit,
la suite arrive…
et la malle se fait le temps.

dimanche 28 septembre 2014

Le désert de Goethe *

Les prisons de dune s’explosaient au ciel en millions d’étoiles, et la tornade de sable aux oreilles hurlantes de ma peur, me criait que désormais elle ne s’assouvirait plus qu’à mordre de ses grains la surface de ma chair.
J’avançais en rampant au vent, tout en sentant que tous mes cauchemars empliraient le cœur de ceux que j’aimais. Je ne pouvais pas mourir, non, pas déjà cette fois, j’avais encore trop d’amour à dire. Ma peau s’arrachait au sol, je perdais des choses de moi, mais sans être essentielles puisque je pensais. Oui ! Je pensais.
J’avais déjà si peur du vide, des tunnels, des galeries, des escaliers en colimaçon, du silence, de la nuit, que je n’aurais plus peur de la main qui me quitterait pour toujours.
Je pensais. Je pensais encore et encore pour ne pas m’étouffer de ce qui allait encore sortir de moi, de ces jours sans jour, de ces nuits interminables. Je me claquai la tête contre ce sol de poudre plus d’une fois, puis un jour, un jour plus loin, le temps enfin se mit au présent.
Il arriva cette antique personne, pour qui mon cœur se serrait à chaque fois que je la quittais, qui voulut m’épouser, qui m’avait coincée entre un écran et un clavier, ce personnage pour lequel j’avais écrit sous la dictée, écrit, les doigts tremblants de me tromper, sa vie passée et sa vie rêvée, soupiré entre deux baisers qui nous défiaient du monde qui nous entourait. Jamais je n’aurais cru ce qui m’arrivait, j’oubliais les prisons de dune, le bonheur se teintait de blanc et de couleurs, la vie coulait ponctuée de nos rendez-vous.
J’étais ensevelie de livres, de musique, de poésies, d’Histoire, et seulement, je transcrivais sa vie comme je pouvais, sous sa voix au début et puis ensuite sous sa seule écriture.
Nous savions que la mort l’emporterait, moi certainement un peu moins, j’étais son jeune et frêle bâton qui avait retrouvé le sourire devant la vie qui s’ouvrait devant lui.
J’avais eu mes prisons de dune, les siennes furent encore plus terribles, mais je vivais toujours, alors j’ai écrit toute seule mes mots, ceux que je pensais, je n’ai jamais lu Goethe et ne le lirais sans doute jamais, Goethe c’était lui et ses 135 ans qui me faisaient rêver à une forme d’immortalité…

« La naïveté vous sauve la vie plus d’une fois mais l’amour aussi.»

(Longtemps après sa mort j’ai cherché le seul livre qu’il avait publié, pas pour son contenu que je connaissais, juste pour voir son nom, pour me persuader que je n’avais pas rêver…)


*relu et corrigé le 28/09/14

dimanche 21 septembre 2014

un 21 septembre

Les feuilles chantent doucement sous le vent qui vient de je ne sais où, sûrement de plus loin que le jardin du voisin. Il fait presqu’automne mais on ne dirait pas, c’est cette si belle saison que j’avais oubliée, quand la rentrée des classes est déjà loin, et que l’année droite et sévère est entrée dans toutes ces cases avec la promesse de passer tellement vite que déjà j’aperçois le prochain été.
Les grues et les chantiers, le front de mer, la géographie intuitive qui me fait perdre dans les dunes, m’asseoir aussi sur la tombe de ma mère en plein soleil le jour de son anniversaire et lui lire ce passage de Coehlo sur les petits pas…
Rêver surtout,  les yeux grands ouverts sur le ciel, rêver aux choses qui peuvent toujours arriver, redevenir moi durant deux petits mois, un professeur  de rire et de rien sans autre emploi du temps que celui de vivre et d’aimer son prochain et surtout sa prochaine…
Une tondeuse perdue derrière la colline a entamé son long chant mélancolique et lancinant, ce doux dimanche de villégiature en route vers les futures étoiles se termine, et c’est si bon cette petite parenthèse que très bientôt je reviendrai ici écrire…. 

samedi 6 septembre 2014

Une aigrette de cyprine ou l’obsidienne de ses yeux ?

Je n’avais pas encore la mémoire d’une Butch Cassidy.
Je l’appelais Aimée en souvenir du film Aimée & Jaguar. Tous les jeudis matins dans l’azur naissant, elle se faufilait vers le haut de la montagne Sainte Geneviève, son corps de callypige miaulait encore sous le vent de la tempête, j’entendais presque les clapotis de sa chevelure. Elle me troublait et je rougissais sous l’obsidienne de ses yeux, comme à la lumière d’une aigrette de cyprine.
Et puis un jour de sérendipité, d’un train malencontreusement raté, j’entrais à « l’Accroche-cœur », ce café aux murs de miroirs et de photos, couleur de schiste, je m’emboîtais sans détours et sans mystère entre la banquette et la table couleur cerise, je ressentais en moi le bateau qui chavirait, ma peau était prête à éclater, je réalisais que j’allais la voir de très très près. Pour me détendre je me mis alors à feuilleter cette revue sur les oiseaux qui dans mon rêve était le signe pour nous reconnaître, mes doigts entortillaient les pages, je voulais être de plénitude, avoir le corps calme, ne plus entendre les filles au comptoir qui parlaient de manteaux de fourrure. Les minutes s’enhardissaient de ma fièvre et d’étoiles, je revoyais mon rêve comme un drapeau qui claquait au vent, comme un éclair de vie enfin qui me sortirait de la moiteur de mon corps.
Soudain le jour de la porte ouverte éclaira Aimée de chair et de passion, un immense sourire aux lèvres, tenant entre ses mains un gâteau d’anniversaire, elle avait autour du cou un collier de perles rouges et bleues qui dansaient, et plus je la regardais, et plus je savais que la zemblanité n’était pas seulement qu’un paquet de mouchoirs pour m’intimider.
Deux jeunes hommes alors se levèrent, elle déposa subrepticement le gâteau sur le comptoir et  les serra avec tendresse contre sa poitrine, les appelant «mes fils» leur disant haut et fort qu’elle les aimait.
La télé en boucle derrière le comptoir fit une nouvelle accroche, distillant encore et encore la révolte, la trahison et  la rage de celles qui lesbonophilaient pour un monde de sensualité à partager.
Ensuite elle alluma à l’aide d’une longue baguette enflammée les bougies.
A cette époque je ne censurais pas mes maux, j’avais pris un cahier pour observer et décrire, alors comptant parmi les mots ceux qui me resteraient à utiliser : donner, dormir, douceur, frôler, intensité, jouir et peloter, je ne me sentis pas du tout désarçonnée : j’avais encore mon caressefil…
Les garçons qui semblaient être des jumeaux soufflèrent en chœur les bougies, Aimée entonna un vieux chant yiddish polonais de célébration de mariage.
Ce fut là que je fis cette grande croix croisée dans ce fameux cahier : qui voulait dire tant pis ! si je suis catholique !!!!!!!
Alors je me suis levée, j’ai poussé avec des cliquetis la table et mes cinq tasses de café, je partais  regrettant d’avoir raté mon train et d’avoir passé ces quelques heures à rêver.
« Aslé ! »
Mais comment Aimée connaissait-elle mon prénom ?
« C’est ton cousin qui m’a dit que c’était toi, lui là : Michel ! Aujourd’hui il fête leur premier anniversaire avec Bertrand !
Ce fut ainsi que grâce à mon cousin Michel, je devins (au début) serveuse à « l’Accroche-cœur »…

Aslé en retard pour cineffable,

(Je rereferai une relecture pour les fautes de français, mais j’ai retrouvé ce grand début d’histoire tout à l’heure et impatiemment je l’ai terminée en écoutant Prince, comme quoi je change, jamais je n’aurais pu écrire ailleurs que dans le silence de mes mots.)


Je vous aime.

mercredi 20 août 2014

cha ba da da

Je ne sais pas où elle est partie mais en tous cas elle restera toujours dans mon coeur.

vendredi 15 août 2014

le bracelet d'océan

Le bracelet d’océan à la lueur pacifique et au gilet irisé qui l’enserre comme une lâche ceinture de vagues, de ces mêmes vagues qui dans le ciel ensorcellent les ailes des oiseaux, le bracelet d’océan de coquillages et de lumière que chaque matin espère, et que chaque midi voit se briser en miroir de pluie à la caresse d’une plume sur le velours, le bracelet d’océan c’est une photo d’aujourd’hui tenant dans sa main une photo de demain.

mardi 29 juillet 2014

Le Havre

basculez vos yeux
les arbres se balancent
le vent se tourne
mon ange autour de nous
prenez ma main et rentrons…

L'Escale

Il était l’heure
lorsque tu as pris ma main
les feuilles volaient
les arbres étaient debout
le bateau allait partir…

mercredi 23 juillet 2014

Nestorie Apicola


Je regardais le ciel du haut de mes deux pieds quand j’aperçus le nuage oublié par le vent. Alors ce fut toute ma vie, qui jusque-là s’éternisait pétrie d’habitudes, qui me tomba à la figure. Il se mit à pleuvoir en même temps toutes les saisons de mes années, et sur le long de mes bras les gouttes de pluie ne s’émouvaient pas, sans aucun sentiment, en totale indifférence, elles s’écrasaient puis glissaient au même rythme, avec la même force, comme une horloge bien réglée, jusqu’à la surface de mes deux pieds.
Puis, je supposai qu’elles retournaient dans le nuage car tout recommençait, comme ma vie, sans jamais recouvrir, ni encore moins engloutir un seul de mes deux pieds. Je ne saurais te dire combien de temps cela dura. «Un certain temps» comme disaient les employées du service de déroutage des grues perdues. [ .;).]
Un jour, mes cheveux trempés effleurèrent mes orteils, instantanément je ressentis dans mon corps l’aube fulgurante de la solution. Alors que sur ma peau un éclair se chargeait «enfin», je pris mes deux pieds à mon cou pour m’enfuir le plus loin possible de « Nestorie Apicola »…
(Oui maintenant je connais son nom, c’est la fille du vent qui me l’a dit.)

mercredi 25 juin 2014

qui veut peut

Monsieur Le Chevalier,

A vous dire franchement, tout au long de cette journée, en dehors de mon intime conviction que dès le départ vous fûtes un imposteur, j’eus cette impression intense de vous avoir toujours connu depuis l’origine des temps et même depuis l’origine de ma propre histoire s’il eut fallu vous la dire et concevoir des mots et des phrases pour vous adjoindre à mes connaissances.
Fut-ce à dire des lettres de votre prénom ?
Certes !
Oui !
Extrêmement, car comble de l’ironie, de l’ignominie, de l’inadvertance, de je ne sais quoi d’ailleurs… le vôtre (de prénom) avait la même faute de typographie anglo-saxonne qu’un autre chevalier moins preux que vous ou plus, allons savoir… car jadis j’avais connu…en mon enfance un enfant de la Botte qui me convenait si bien.
Enfin !
Vous me parûtes aguerri de mon âge et laissant mes yeux courir aux alentours je découvris que celle qui m’avait accueillie en votre demeure si tôt le matin et avec beaucoup d’honneur, de candeur, de fraîcheur (enfin tout le contraire de vous Chevalier Aux Grands Pieds) n’était autre que votre compagne…
A vous dire franchement, elle m’alluma de ses yeux alors que j’arrivais des brouillards, ou fussent mes yeux perdus des nuages qui cherchaient la lumière ? J’enserrais sa main tandis que ses lèvres s’attendaient à ma joue, alors comme moi toute endormie, nous nous laissâmes allées aux étoiles.
Quelques secondes pas plus, juste deux ou trois poussières d’éternité.


Bien à Vous Chevalier,

vendredi 6 juin 2014

Pas si simple et composé...

La mariée de la pluie était en blanc. Enfin, elle était en noir, et ce n’était pas un mariage, c’était juste une journée sur une immense plaine verte couvée par un orage. Le résumé de quelques heures, dans lesquelles mon rêve a survécu, mes pieds, mes jambes aussi, qui ont su me porter, quant à mon cœur… il ne s’est pas décroché. C’était en lui que j’avais le moins confiance. Je me disais sans arrêt : « Alors là non il ne va pas survivre. » Je me suis dit ça jusqu’au soir, jusqu’à cet écran sur lequel j’avais écrit le matin « La mariée de la pluie était en blanc. ».


dimanche 11 mai 2014

Aparté en marge de l'histoire d'Inshitayatoo

Au commencement je ne les voyais pas, elles n’avaient aucune apparence physique, elles étaient deux
âmes nuageuses sorties de mon esprit et qui s’étiraient à l’infini.

Je leur ai d’abord inventé un nom, un nom qui n’existait nulle part ailleurs que dans ma tête, leur créant une identité de voyelles, d’un pays de soleil levant. Cela se précisait mais c’était encore assez flou. Alors j’ai plissé les mots comme on plisse les yeux et j’ai vu la ville d’Amakashiskoia se dessiner sous les signes noirs qui grouillaient sur la feuille. Puis en m’approchant, en frottant un peu l’encre, j’ai su le destin lié d’Inshitayatoo et d’Alaomista.

samedi 3 mai 2014

Sous le vent

Sur le chemin des heures de marche, elles s’arrêtaient à la tombée du jour, sur une petite
hauteur ou sous un arbre, elles puisaient alors dans leurs regards toute la lumière des étoiles, puis s’endormaient dans les bras l’une de l’autre. Les nuits étaient de plus en plus belles et les réveils gorgés de leurs tendres baisers. Au petit matin, elles repartaient sans hâte, certaines de leur destinée…et plus elles avançaient, et plus les jours passaient, et plus le temple se bâtissait de leur amour.

Il y avait des fenêtres qui s’ouvraient sur le jardin des quatre saisons, une rivière qui traversait des prairies, un lac au bleu profond, un escalier en colimaçon pour descendre dans l’antre de la terre et écouter les frissons des volets blancs et bleus se soulever sous le vent, des volets blancs et bleus en bois d’iroko avec des étoiles au milieu…

Le carnet d’Alaomista s’emplissait des dessins de leurs rêves.