vendredi 10 octobre 2008

jour & nuit ®


Lettre à N. (deuxième version)

« j’ai débarrassé les poussières de mon âme
pigmenté mes yeux d’un ciel plus bleu
ouvert en grand portes et fenêtres
et puis soufflé tout le vieil air
qu’emprisonnait ma gaine d’oxygène

j’ai fait le ménage dans mes idées
jeté toutes celles que j’avais déjà eues
je me suis sauvée d’avoir la tête vide
pour m’emplir de ce qui n’avait jamais existé
et j’ai bien fait car j’ai atteint la liberté

j’ai pris le crayon que j’ai créé
couvert ma peau de mes signes inventés
je me suis lue seule à me comprendre
vivante de mon monde étrange
le mien inviolable de mes sensations

j’ai laissé la torture à l’encre et au papier
la torture jaillie de ne pas pouvoir écrire
comme ce qui se lit pour être compris
avec des mots combinés sur mesure
j’ai écrit pour moi qui me ressemble

j’ai écouté ce qui poussait en moi
tout ce que mes sens me guidaient
de vivre sans en souffrir
et puis d’aimer chaque jour me voir vieillir

je n’ai plus cherché à comprendre
à me comprendre à expliquer
j’ai cessé d’attendre après le passé
j’ai débarrassé les poussières de mon âme
et j’ai brûlé l’échelle qui mène à nulle part

j’ai fait le grand si grand ménage
qui coupe les attaches au monde vivant
qui resserre ce que je suis
libre d’être liée à moi
et libre de respirer l’air que je respire

j’embrasse mais plus les ombres
j’aime tout court
ceux qui m’entourent
la lumière qui m’attire
et les lèvres chassées de l’éternel
car j’écrirai toujours
du moment que je respire »
                                      Mary Des Brumes

dimanche 5 octobre 2008

Comme de la Polynésie dans les yeux




mes bras serrent l’ombre de ton corps contre moi
sous mes lèvres court le parfum invisible de ta peau
et ton coeur qui bat se fait l’écho du mien
des danseuses nues tombent du ciel enlacées
le long de rubans rouges tournant de mille bras
je prends du rêve dans les frissons de tes mots
le silence dans ce qu’il a de plus beau
la chaleur de tes émotions pour m’endormir

samedi 27 septembre 2008

« dans un jardin… » (1)




« Je faisais des lettres, formant des phrases étonnées l’une de l’autre, je me taisais, lisant le chuchotis de leurs ombres sur le sol, jusqu’à ce que, une fois toutes parties, les chaises libres s’abandonnant au soleil de midi, s’éparpillant adroitement selon les règles du temps bien établies, je me laissai(!) prendre au jeu des lignes bien écrites…Je soupirais, le silence était beau, la belle saison s’annonçait, le vert jaune épuisé abandonnait sa demeure aux chaudes couleurs de l’automne. Je me noyais dans les rayures du soleil, j’écrivais assise dans l’herbe loin de la morsure du fer et de l’annonce future de l’hiver.
Les mots jouaient de la musique, les chaises dansaient, le maître du corps du ballet c’était moi, j’étais la fille du jardinier abandonnée à ses rêves…je croyais que j’étais folle mais je m’aimais me déliant les lèvres sur ce carnet, croquant rouge la pomme comme les ciseaux, comme une danseuse nue échappée de l’opéra des fleurs…je délirais un peu, tout juste un peu, une larme de bonheur volée au regard du temps.
Mes yeux étaient au ciel, les chaises s’étiraient en une longue ligne verte et qui tirait et s’étirait gagnant mon sommeil. Le crayon tombé, je dessinais sur l’azur cotonneux, je dessinais un poème, à la main gauche du pinceau offert d’une flibustière, et de rêve je parcourais l’océan des tendresses arraché à la forteresse d’un tissu de bure, de celui qui masquait ses épaules, sa chair et puis son sein…la preuve au tableau de son corps qui était le sien.
Personne ne comprenait.
Je faisais des lettres. Je formais des phrases étonnées de moi-même… Alors je me taisais en écoutant les chuchotements et j’écrivais.
J’allais au jardin à la fin de l’été, parfois simplement je comptais les chaises pour m’acquitter de l’intelligence à dénombrer ce qui ne se comptait pas et puis la plus part du temps je m’échappais, ne résistant pas bien longtemps lorsque toutes les chaises quittées, à pouvoir enfin laisser libre mes pensées… »

                                                                                                                                                                                 Asl& Des Brumes
photo inspiratrice : Jeanne

mardi 23 septembre 2008

A la couleur du cahier




nulle assombrie

les mots respirent
les syllabes claquent dans les rires
proches moments
les voix résonnent
la parole s’étend et puis déborde
les mains reprennent tout bas
les mots s’écrivent
un portable sonne
je mime mes poches
je ne dis rien
c’est juste le mien

dans cette grande pièce vide
un balai s’étonne
d’entendre les grains de poussière
entre les o les a qui se soulèvent
les é du micro-ondes mal dessiné
les je pourra montrer à ma mère ?
et le ma mère est en voyage

la lune est au milieu des images
madame tu es belle
ta voiture est belle
bel-le
je saute imaginaire à pieds joints dans le cerceau
deux



on a fait trois travail
?
!?
bien plus je crois
mais je ne dis rien
la grille se referme jusqu’à demain

un jour les fées se pencheront sur tous les berceaux
elles donneront une maman et un papa
qui n’ira jamais en prison
une maison aux enfants qui n’ont que l’école
pour dessiner un toit

parce que demain
du haut de mes six ans
j’ai tribunal
que j’ai rendez-vous avec ma psy
ou que je vais chez ma mère
et même si peu
que tout sera à refaire
de soir en soir
jusqu’au jour…ce jour
ce jour qui existe
je crois
sinon j’aurais laissé mon coeur au vestiaire
et regardé tourner ma montre à l’envers

jeudi 18 septembre 2008

…à la Lune




zone sas d’échanges
une voiture sur un parking
fermeture des yeux
réouverture sur l’autre je
le doublé gagnant
dans l’autre sens
madame passe avant moi
j’ouvre la portière

au première symptôme d’antinomie
toujours sourire à l’envers

des voix gonflées à l’hélium
m’assaillent de bisous
je fissure un peu de moi partout
on m’accroche aux doigts
une petite main qui pleure
si tu savais comme j’ai aussi envie de pleurer
mais ici je n’ai même plus peur des araignées

Elle est là nue dans le ciel
énorme boule de sable
mon regard balai d’essuie-larmes
se porte d’Elle
aux lèvres qui me parlent
oui il fait froid ce matin

deuxième seconde hors de la capsule
je désamorce la première adult attack
vingt-six torpilles qui dansent
n’a jamais troublé ma vigilance
je suis ici dans la trace
de ce qui soit disant n’existe pas
la faille est ailleurs
l’enfant le sait lui
que je suis Madame
sa maman pas encore
perdue au ciel d’hier
d’ailleurs
Elle est toujours là
la Lune
elle murmure des histoires
depuis le fond du couloir
des belles des vraies
des sans importance
et moi je pars un peu
mon moi tournoie jaune lumineux
mais ça ne se voit pas
ô juste un peu
si peu que je peux bien
sortir mes rires et mes sourires
pour panser tous les manques de bleu

…des milliers de secondes plus tard
qui font une journée…

zone sas d’échanges
une voiture sur un parking
fermeture des yeux
réouverture sur l’autre je
le doublé gagnant
dans l’autre sens
je passe avant madame
j’ouvre les vitres

l’air est tout chaud de souvenirs
je suis morte mais je vais écrire à la Lune
si encore demain
elle voulait de moi pour la voir
juste un éclair un croissant une miette
j’aime quand j’ai encore faim de rêves
des milliers de secondes à rougir les étoiles
mais à la nuit
quand toutes mes peluches seront endormies

...

dimanche 14 septembre 2008

tous les chats ne sont pas gris





capture photographique de Jeanne


à mi passant
à mi rêvant
je suis le chat blanc
au mur enduit de Sienne fraîche
qui cerne la cour de mon domaine
amie passante
beauté d’intrigue
( je m’offre une parenthèse
au plaisir d’une rime)
passe vite ton chemin
avant de réveiller
l’argile au corps qui dort
et d’hérisser d’un courant électrique
la ligne courbe de mon échine
déjà mon oreille pointe
de l’oblique de mes yeux
je sens mon âme féline
prête à bondir rouge furie
tu ferais mieux de te méfier de mon sourire
comme des fausses statues endormies
le cliquetis brillant de tes anneaux au vent
m’attire aussi noir et blanc qu’une pie
et si le maçon créateur m’avait coulé ainsi ?
évade moi
à mi passant
à mi rêvant
à mi vivant
et tu verras
que je suis le chat blanc
parti de Toscane
par le midi de la France
puis revenu au nord de l’Egypte
sans déroger de la boussole
qui marque toujours le pôle
ah je t’intrigue
mais non
c’est toi qui fige mon mouvement
je pose pour réfléchir à ma future carnation
à moins de me frotter des heures au mur
pour être plus feu que la nature
j’hésite si tu restes plus longtemps
aux traces de couleurs
sur l’immaculé de mon pelage
quelques hiéroglyphes poussiéreux
ou traces guerrières en vagues
de querelles d’amoureux

…aux pieds des pyramides j’ai du boire beaucoup trop de lait

amie passante
passée vivante du temps
il y a tant de douceur dans ton regard
que je ne sais plus très bien
si je suis réellement ce chat
j’ai beau me battre intérieurement
créer les remous d’un combat invisible
il me faut admettre l’étincelle
qui de toi me fait quitter la stèle
le signe de tes yeux en présage

cette nuit je serai noir
tu seras blanche
le mur sera bleu
et les étoiles miauleront
pour couvrir tous nos mots d’amour

…je souris…et puis d’un cri à la lune nous baptiserons le chat blanc qui n’avait pas de nom

je t’aime



 

mercredi 10 septembre 2008

course folle éperdue d’avant l’automne





l’été s’étire au soleil bas du jour
les cheveux blonds ont remplacé les blés
le vent s’est livré aux feuilles prisonnier
enfermé au souvenir d’une mer prise en accalmie
se mêlant aux cris appelant des jeux d’enfants
à leurs courses folles éperdues des arbres au champ

il sent si bon cet air doux et si lent à me parvenir
ce jour passager de longues vacances
ce sommeil qui me gagne à l’écouter à le suivre
à me laisser envahir par tous les mots de la rêverie

par le bleu du ciel qui m’emmène en automne
sur notre plage que j’avais choisie pour nous
immense désert de notre solitude
la caresse du soleil sur mes épaules
et tes yeux au détail si tendre et généreux
la mer était loin sans aucune importance
nous nous disions à demain
et demain il faisait toujours beau
pour nous retrouver…
je souris
pour me présenter à tes amis
tu disais
elle n’aime ni les fleurs ni les enfants
c’était vrai
mais tu n’étais ni fleur ni enfant

les enfants sont fatigués à présent
ils crient s’insultent comme des grands
un tracteur poussiéreux de vitesse
m’arrache à la contemplation de mes souvenirs
le vent est tombé j’entends le chien aboyer
tout est calme dans ma tête
juste au loin un bruit de moissons
une nuit d’été à venir en retard
je me sens amoureuse
d’un sourire tout bleu


dimanche 7 septembre 2008

alfa-bleu


des traces des taches
des gouttes des doutes
du sable et de la boue

des rides des vides
des bosses des fosses
du rose et de l’envie

des choses des grosses
défilent des lignes
du sel et de l’ennui

des routes des croûtes
des boules des boucles
du rythme à la folie

des tresses détresse
des terres des presses
du vide à l’infini

des dames des pannes
des plages des sages
du mal et de l’opale

lundi 25 août 2008

larmes et coeur à délivrer



le soleil est la source
du vide sidéral

le bruit du jour
la montagne dessous les peines

le ciel un idéal
de fleurs à respirer
la voie lactée
la glace d’un café

et la tristesse une lumière
comme le monde inversé
d’un état de liberté avancée

parfois je ris ou je me tais
je me fous de l’imparfait

~


la pluie est l’eau douce
des matins desséchés

la course l’abrasion
du lit de l’amitié

la terre un éphémère
de cendres à diluer
la voie lactée
le miroir d’une esseulée

et la trahison une hérésie
comme la prière à l’envers
d’une farce de Molière

parfois je ris ou je me tais
l’infini demeure imparfait

~

la rose est la beauté
de l’innocente complicité

la musique une abeille
hirondelle des prèles

l’émotion une fusée
brûleuse d’échappée
la voie lactée
une terrasse aux étoiles

et l’amour un dérapage
comme le vent à emporter
de la soif de tout abandonner

parfois je ris ou je me tais
mais la vie c’est mon imparfait
tu me manques tu sais

vendredi 22 août 2008

pour toi



ma rose
il n’est plus de question qui se pose
l’automne sera bleu fatal
profond d’une forêt d’étoiles
les feuilles du ciel d’amour
tomberont comme une chanson
douce avec des larmes d’émotion
elles nous feront un lit d’hiver
un immense nuage posé sur la terre
pour toi et moi pour tous les jours
noyées en elles ma rose nous danserons
de l’indigo de l’outremer de l’horizon
les bleus en fête du mot toujours

mardi 19 août 2008

androïde mal dosée



grincements d’armure
l’humanité noire remonte ma robe de bure
mes gestes se fissurent
mon sourire qui semblait si sûr
n’est plus que le pâle d’une couverture
à effacer
mon azur
je m’estomaque le coeur et les mots
de poses passées du futur
mi femme mi démon
ni l’une ni l’autre
un simple robot mal dosé
aux hormones de la fierté
une ancestrale diabolisation
celle d’être le fruit conjugué
d’un pêcher et d’une passion
qui aurait mal tourné
prise dans les engrenages
d’un verger de fruits sans pépins
où j’aurais rouillé
mais en bleu ça ne se voit pas
ça ne se voit pas
que je lui ressemble à ma gramy
de toutes manières
elle avait les yeux verts

samedi 16 août 2008

Chaloupe


six reines régnaient
la deuxième qui était elle
fut la première à s’envoler

la septième sans royaume
petit rat de navire coulé
celle du bout des doigts
qui ne devait pas pousser
pour son angoisse
les orteils meurtris
à redresser le dos de ses repentir

c’était moi

le vide et son contraire

tu seras danseuse
je n’ai nulle envie que tu te noies

les phobies et la peur
tordue asphyxie
sous mes pieds nus le martinet
le regard aussi
cette différence

j’aimais tant l’eau
j’avais confiance

les reines ne sont plus que cinq
celles restant aux descendances
ont valsé les bagues
autres alliances
nouvelles circonstances
ça me fait rire tout ce temps

tant de choses brisées
mais jamais l’amour
on dira

dimanche 10 août 2008

reflets


Des reflets mauves et bleutés
Sur les murs aux longues tentures.
Des rousseurs, bulles enchaînées
Sur le sol, comme une peinture.

Je suis la main, dans ma main.
Froissement de tissus envolés
De joueuses enlacées,
De belles aux parfums incertains.

Bougies jaunes et bleuies,
Posées en poésie, décidées
A retenir, tous les cris
De l’air tiédi, écartelées.

Des reflets mauves et bleutés
Sur les murs aux longues tentures.
Des rousseurs, bulles enchaînées
Sur le sol, comme une peinture.

Je suis ton corps, dans mon corps.
Amours éparses et incomprises,
Mes lèvres qui t’adorent
Ne savent pas toi, ma promise.


Bougies jaunes et bleuies,
Posées en poésie, décidées
A retenir, tous les cris
De l’air tiédi, écartelées.

vendredi 8 août 2008

Le souffle de l’écriture



J’ai cliqué sur un point inconnu
Deux trois dix mille cents fois
A ne plus savoir tout ce que j’ai lu
J’ai dévalé des lignes noires et dures
Avalé des lectures en multiple d’ambigus
De la folie rassurante
Au sang jaillissant de l’impure

J’ai saisi une si belle âme nue
Offrante offerte
Soufferte souffrante
S’offrant alerte absente
Bafouillée d’ordures
Illuminée d’or pur

J’ai eu si peur de retrouver
Ces deux mains au cou
Ce jaillissement de souffrance
Pour exploser la source
Jusqu’à mourir tout le passé


Je mange mes amours aussi
Par la racine par tous les bouts à vivre
Mes respirations sont rouges au coeur
J’ai des cendres et des envies de bûcher
Pourtant je suis douce à vivre
Le jour quand tout est clair d’aimer

vendredi 1 août 2008

I leave a reply for you in my summer time.

Des mots découpés, ciselés, des fragments d’eau étincelante, un paysage en découpe mais sans acharnement, sans raideur dans le geste, avec précision mais pas celle d’un scalpel, c’est la finesse d’un trait qui après être longtemps resté muet, se prend d’émotion pour un souvenir, les détails deviennent des êtres tranchés avec leur caractère, montagne jeune, abrupte, passage escarpé, fluidité du vide, torrent filé d’argent à faire revivre les éclats de roche sous les pieds…
Ma cicatrice sur mon gros orteil rond et charnu.
Je ne suis que des courbes et c’est tant mieux, j’ai sillonné cette nature, j’en garde une toute petite blessure, toute petite à rouvrir comme une photo glissée dans une lettre jamais écrite à ma mère.
Cette mère drapée qui me doit mon prénom, ce geste et cette trace que je trouve enfin dans mon regard.